LE MONDE > Conditions de travail dans le transport: les Européens incapables de se mettre d’accord 05/07/18

PRESSE I Article du monde suite au rejet en plénière des rapports sur le volet social du paquet mobilité mercredi 4 juillet 2018

Sur fond de divergences entre les pays de l’Est et de l’Ouest, le Parlement de Strasbourg a rejeté trois textes.

S’il fallait encore une preuve du fossé qui s’est creusé entre l’Est et l’Ouest, le Parlement européen en a donné une démonstration éclatante, mercredi 4juillet, en rejetant trois textes, pourtant issus d’un long travail de négociation au sein de la commission spéciale sur le transport de l’hémicycle strasbourgeois.

Les eurodéputés avaient à se prononcer sur des propositions de loi de l’Union remettant à plat les conditions de travail dans le transport, envisageant notamment les modalités d’application de la directive révisée sur le travail détaché (même salaire sur un même lieu de travail) à ce secteur où, par essence, les travailleurs sont ultramobiles.

Mais, entre les élus de l’Ouest, davantage soucieux des intérêts et des conditions de travail des chauffeurs, et ceux de l’Est, du Nord, mais aussi d’Espagne et du Portugal, obnubilés par la compétitivité de leurs routiers, la discussion a, ces derniers mois, tourné au dialogue de sourds. «Même sur la migration, nous parvenons à adopter des positions communes, ici, au Parlement, c’est dire!», soulignait une source parlementaire, mercredi.

Début juin, à l’issue d’un vote préliminaire très serré en commission transport, l’Est et les Etats«périphériques» étaient parvenus à prendre l’avantage d’une très courte tête. Ils avaient obtenu qu’un conducteur effectuant une livraison «internationale» (traversant plusieurs pays de l’Union) soit totalement exempté du détachement.

Reprendre tout le travail à zéro Rien n’obligerait, donc, son employeur à le rémunérer selon les normes des différents pays traversés durant son temps de trajet sur ces territoires. Le repos des chauffeurs «en cabine» était autorisé, à condition que les parkings soient «de qualité», alors que les élus français s’opposaient totalement à une telle flexibilité.

Outrés (et pratiquement tous partis politiques confondus), les élus français ou allemands ont travaillé à renverser la vapeur, à coups d’amendements plus «sociaux». Mais, mercredi, en plénière, aucun des deux camps n’a finalement pris l’avantage. Et les textes en discussion depuis des mois pourraient aller directement à la poubelle… Car la commission transport va probablement devoir reprendre tout le travail à zéro.

Les socialistes français réclament même à la Commission européenne de réviser sa proposition initiale, faute de compromis évident… Tout cela est-il bien réaliste, à dix mois des élections européennes, sachant que la machine à légiférer bruxelloise va s’enrayer à partir de début 2019? Probablement pas. D’autant que, côté Conseil, les Etats membres, qui ont aussi leur mot à dire, n’ont pas non plus arrêté leur position commune.

«Dumping social et exploitation» Mercredi, les groupes politiques du Parlement tentaient de faire bonne figure, après un tel échec collectif. «Face à la droite conservatrice et libérale, qui voulait précariser les conditions de travail de millions de chauffeurs routiers, nous avons réussi à obtenir une majorité pour bloquer des mesures de régression sociale», s’est félicitée l’eurodéputée socialiste Christine Revault d’Allonnes-Bonnefoy, chef de file du groupe sur les questions de transport.

La Verte Karima Delli, présidente de la commission transport, a déploré la «béante fracture entre Européens». «Le Parlement ne peut reproduire les frictions du Conseil, qui aboutissent à l’inertie sur ce dossier capital. Pendant ce temps, les routiers sont toujours en attente d’une législation ambitieuse pour les protéger du dumping social et de l’exploitation qu’il entraîne.»

En privé, cependant, plusieurs sources soulignaient à quel point, désormais, les élus de l’Ouest avaient intérêt à traîner les pieds. Car mieux vaudrait un statu quo sur les trois textes en discussion (temps de conduite et de repos, application de la directive sur le détachement des travailleurs aux transporteurs et cabotage), plutôt que des compromis, dont ils redoutent, vu l’intransigeance de l’Est, qu’ils ne soient jamais en leur faveur. Mais «on ne lâche pas pour autant les routiers», promettait une source parlementaire.

 

 

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